Serpents du Costa Rica

Hier, le 22 octobre 2025, j’ai reçu un certificat pas tout à fait ordinaire : celui d’un cours spécialisé sur les serpents de la péninsule d’Osa, au sud du Costa Rica.
La formation s’est tenue à Agujas de Puerto Jiménez, au cœur de cette région sauvage et préservée, et elle fut donnée par Alejandro Solórzano López, l’un des plus grands herpétologues du pays et auteur du célèbre livre Serpientes de Costa Rica. Autant dire que nous étions entre de très bonnes mains.

Un cours immersif… en espagnol intégral

Pendant plus de six heures intensives, nous avons plongé dans l’univers fascinant (et souvent mal compris) de ces reptiles mythiques.
Le tout, évidemment, en espagnol seulement. Heureusement, mon traducteur automatique sur téléphone m’a fidèlement accompagné — un allié discret mais essentiel pour suivre toutes les subtilités techniques du cours.

Nous étions une douzaine de participants, dont plusieurs guides du Parc national Corcovado, venus approfondir leurs connaissances.
Certains d’entre eux avaient déjà des années d’expérience dans la jungle, ce qui rendait les échanges encore plus intéressants. Pour ma part, j’étais là avec beaucoup de curiosité, un brin d’appréhension… et l’envie d’enfin comprendre ces créatures qu’on apprend souvent à craindre plutôt qu’à connaître.


Démystifier nos peurs

Le professeur a ouvert le bal avec une phrase qui a immédiatement détendu l’atmosphère :

“Un serpent ne court pas après les humains.
D’abord, il n’a pas de pattes.”

Fou rire général.
Mais au-delà de la blague, cette vérité toute simple a posé le ton : le serpent n’est pas un agresseur.
Contrairement à un chien ou à un sanglier, il ne charge pas. Il ne chasse pas les humains. La plupart du temps, quand on le croise, il dort, se chauffe au soleil ou attend patiemment une proie qu’il sera capable d’avaler.

Les serpents ne mordent que s’ils sont surpris ou se sentent menacés. En d’autres mots : si vous les laissez tranquilles, ils feront de même.


Une biodiversité exceptionnelle

Le Costa Rica abrite une richesse herpétologique impressionnante :

  • Cécilides : 8 espèces
  • Salamandres : 53
  • Grenouilles et crapauds : 155
  • Tortues : 14
  • Lézards : 88
  • Crocodiles : 2
  • Serpents : 147

Soit un total de 467 espèces de reptiles et amphibiens!
Et chaque région du pays a ses propres variations. Par exemple, le serpent corail du Pacifique arbore un jaune plus vif que celui des Caraïbes — une belle preuve que même chez les serpents, la mode locale a son mot à dire.


Les serpents venimeux du Costa Rica

Sur les quelque 140 espèces de serpents présentes au Costa Rica, seules 18 à 22 sont considérées comme venimeuses pour l’humain.
Elles se divisent en deux grands groupes :

🧪 A. Les serpents venimeux majeurs

Ce sont les plus dangereux, appartenant aux familles des Vipéridés et des Élapidés.

Vipéridés (~13 espèces)

Leur venin est hémotoxique, c’est-à-dire qu’il détruit les tissus et perturbe la coagulation du sang.
Les plus connus :

  • Fer-de-Lance (Bothrops asper), appelé Terciopelo : responsable de la majorité des morsures graves.
  • Bushmaster (Lachesis stenophrys), surnommé Matabuey : le plus long serpent venimeux des Amériques.
  • Crotale Tropical (Crotalus simus), ou Cascabel.

Élapidés (~3 espèces)

Leur venin est neurotoxique, affectant le système nerveux.
Exemple typique : le serpent corail (Micrurus spp.), reconnaissable à ses anneaux rouges, noirs et jaunes.
Mais attention : il existe aussi des faux corails, inoffensifs, qui imitent ces couleurs pour tromper les prédateurs.

🌿 B. Les serpents “légèrement venimeux”

Certains serpents, comme les serpents lianes, possèdent un venin faible et des crochets situés au fond de la bouche.
Ils ne peuvent pas l’injecter efficacement et ne présentent aucun danger pour l’humain.


Focus : les serpents de la péninsule d’Osa

La péninsule d’Osa, joyau de biodiversité et l’une des dernières grandes forêts tropicales humides de basse altitude du Costa Rica, abrite plusieurs espèces venimeuses emblématiques :

  • 🐍 Fer-de-Lance (Bothrops asper) — Très commun, c’est celui qu’on croise le plus souvent.
  • 🪱 Serpent Corail (Micrurus spp.) — Discret, fouisseur et nocturne.
  • 🌿 Vipère palmiste (Bothriechis spp.) — Espèce arboricole parfaitement adaptée à la canopée.
  • 🌈 Eyelash Viper (Bothriechis schlegelii) — Petite vipère arboricole aux couleurs vives (jaune, verte, rouge).
  • 🐉 Bushmaster (Lachesis stenophrys) — Rare, farouche et difficile à observer.

En clair, dans la jungle d’Osa, on peut croiser 4 à 6 espèces hautement venimeuses, mais le Fer-de-Lance reste de loin le plus fréquent.


Que faire (et ne pas faire) en cas de morsure

La première règle : garder son calme.
Les hôpitaux du Costa Rica disposent de deux types d’antivenins :

  • Un pour les vipères.
  • Un autre pour les serpents corail.

Tant qu’on rejoint un centre médical dans un délai de quatre heures, les chances de survie sont excellentes.
Contrairement à certaines légendes, personne ne meurt en quelques minutes après une morsure.

❌ À ne surtout pas faire :

  1. Ne pas sucer la plaie.
  2. Ne pas appliquer de glace.
  3. Ne pas donner de chocs électriques (!).
  4. Ne rien mettre sur la morsure (ni herbes ni produits chimiques).
  5. Ne pas faire d’incision.
  6. Ne pas poser de garrot.

👉 Le bon réflexe : immobiliser le membre touché, rester calme et se rendre le plus rapidement possible à un hôpital.


Les “géants” du Costa Rica

Autre mythe : les serpents géants partout dans la jungle.
En réalité, la plupart sont petits ou moyens (entre 30 cm et 1,20 m).


Seulement 15 à 20 espèces dépassent les 1,80 mètre.

Les plus grands :

  • Boa constricteur (Boa constrictor) — Peut atteindre 3 à 4 m.
  • Couresse à ventre tacheté (Clelia clelia) — Jusqu’à 2,5 m.
  • Serpent liane perroquet (Corallus batesii) — Long serpent arboricole.
  • Serpent Indigo (Drymarchon melanurus) — Élégant et puissant.
  • Bushmaster (Lachesis stenophrys) — Le plus long serpent venimeux des Amériques.
  • Fer-de-Lance (Bothrops asper) — Certaines femelles dépassent 2 m.

Bref, moins de 15 % des serpents du Costa Rica sont de grande taille.
La plupart se fondent dans la forêt et préfèrent… rester invisibles.


Ce que j’en retiens

Cette formation a véritablement changé la perception que j’avais des serpents.
Je les voyais comme des menaces, je les vois maintenant comme des merveilles d’adaptation.
Ils jouent un rôle crucial dans l’équilibre écologique, régulant les populations de rongeurs et de grenouilles.

J’ai adoré cette journée, riche en apprentissages et en respect renouvelé pour ces animaux souvent incompris.
Je ne prétends pas tout savoir — loin de là — mais je me sens désormais plus en paix dans la jungle.


Et j’espère qu’en partageant cette expérience, vous aurez un peu moins peur, vous aussi, lorsque nous irons marcher ensemble dans la nature luxuriante du Costa Rica.


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